Richard III
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“Richard III maîtrise”
Varsity, 5 Mars 2004, A.C. Berwick, p.18



Shakespeare a écrit de très beaux rôles de scélérats; Iago (Othello), Shylock (Marchand de Venise), Aaron (Titus): il les a tous faits. Et aux yeux de beaucoup, Richard III passe pour le meilleur. Il est donc remarquable que Sam Kitchener ait été choisi parce qu'il n'a pas le type du scélérat. Ses cheveux bouffants et sa ressemblance avec Will le Jeune le rendent parfois difficilement compatible avec « l'araignée en bouteille » de Shakespeare: c'est plutôt le genre de Richard qu'on présenterait sans problèmes à sa mère. Cependant, Kitchener joue bien : il établit vite le contact avec la salle, et campe un Richard sinon machiavélique, du moins particulièrement drôle ; seule l'interprétation fantastique de George Igler (Buckingham) surpasse sa performance.

Mais on ne peut nier les problèmes que pose ce Richard effronté et blagueur, en particulier vers la fin de la pièce : l'autre face du personnage ne nous apparaît pas ; le pathos du climax de la pièce est éclipsé par la victoire du super-roi aryen Richmond (l'impressionnant Arthur House), qui jette une barrière insurmontable entre la salle et un Richard mis à distance. Dans ce que beaucoup appellent la dernière pièce “à caractère” de Shakespeare, le personnage de Richard est finalement eclipsé. Pourtant, ce n'est pas là une marque d'incompétence, mais le résultat d'une décision dramaturgique définie.




Ce spectacle est spectaculairement symbolique : l'éminemment talentueux Gérald Garutti crée un espace théâtral austère plein de propos sonores et de gestes chargés d'une importance qui va au-delà des apparences immédiates. L'humble masque devient le moyen de la mise à mort, reflétant l'absence de visage des marionnettes que Richard manipule. L'esthétique de la pièce - d'une importance vitale pour un spectacle aussi symbolique que celui-ci - est particulièrement agréable. Le son est utilisé d'une manière impressionnante, bien que parfois, peut-être, un peu lourdement. Mais c'est la lumière, ainsi que sa combinaison avec un décor abstrait et légèrement encombrant, qui façonne le spectacle : elle est, parfois, tout simplement sublime.

C'est une production qui a bénéficié d'une mise en scène et d'une vision conceptuelle puissantes. Bien que l'accent mis sur le symbolisme implique que des détails plus subtils du texte soient laissés de côté, elle reste un succès. Comme le décor qui peut à l'occasion sembler un peu encombrant, il y a parfois des moments d'hésitation, mais en fin de compte, la pièce tient le pari de nous plaire.
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