L'AVIS D'EVENE
1er mars
http://www.evene.fr/agenda/fich.php?ide=3790

LA NOTE D'EVENE :

Il y a des chaises suspendues. Elles sont cassées. Morcelées. Accrochées par un pied, un dossier. Il n'y a que ça. C'est qu'elles tiennent lieu de décor, de fond visible et métaphorique, résumant à elles seules l'atmosphère rongée et gangreneuse qui se dégage des mots de Poe. Ces mots-là que les trois acteurs laissent siffler, ont une saveur âcre. Ils tissent l'ombre inquiétante qui recouvre la maison des Usher. Deux frères et soeurs, Roderick et Madeleine, rescapés d'une lignée incestueuse établie sur une consanguinité dévorante. Le troisième personnage, c'est l'ami, celui qui rend visite, qui vient, jusque dans cette maison envahie par les ombres, maison du silence, de la peur, des cris, des tressaillements, des souffles courts. De la folie qui rôde et envahie tout, glissant sur les visages, déformant les postures, révulsant les regards. Celui de Roderick, tellement. On reste suspendus, glacés, envoûtés par tant de blafarde beauté. La maigreur du décor amplifiant davantage l'interprétation comme hallucinée des acteurs. Ici les morts côtoient les vivants, si ce n'est pas le contraire. Et nous laissent égarés, là, sur les pas de l'ami, du coryphée, du souffleur, qu'importe, celui qui par sa présence confie au public la désagrégation de la maison. Difficile dans ce dédale tortueux, invisible et pourtant là, de sortir indemnes de ce conte gothique étouffant et vertigineux.

Géraldine Violet